La grâce

01 octobre 2017

La redécouverte de l’Épître aux Romains et de la grâce est au cœur du geste du Réformateur. Elle a trouvé un écho dans son existence personnelle.

 

 
91174.png 90125.png Le calme après la tempête, la grâce après la peur

© jmbaud74 - CC BY-NC-ND 2.0

 Le calme après la tempête, la grâce après la peur

 

Au début de sa vie, Luther est poursuivi par la mort. Celle qu’il a côtoyée un jour d’orage et l’a précipité au couvent. Et celle, plus intime, au cœur de son être : une angoisse tueuse qui fait de Dieu un accusateur. La mort signe la tragédie d’une existence écartelée entre la peur de Dieu et son amour. Un amour parfait qui exige un retour parfait et donc impossible. D’où une peur sans fin. Plus Dieu aime, plus il tue. Telle est l’expérience de Luther : la mort au cœur de la vie. Une prise au sérieux, très au sérieux, de la mort et de la vie. Rien à voir avec l’idée que la mort serait un accès vers un paradis. Elle est l’image d’un face-à-face terrifiant qui plombe l’existence.

Ça, c’était avant ! Avant que Luther ne proteste, ne sorte du couvent, ne rompe avec le cercle vicieux mortifère qui va de la peur à la mort, de la mort à la peur… C’était avant cette révélation qui fit foi en lui : Dieu n’est pas le dieu obscur qui lui a été dit. Il ne punit pas de mort. Au contraire, 

 

, Il éclaire la mort en la partageant sur la croix de Jésus-Christ. Il l’éclaire de la paix qu’apporte cette affirmation : c’est Dieu qui, par effet de sa seule grâce, donne de pouvoir paraître devant Lui sans avoir rien à redouter. Faire confiance à cette grâce, c’est passer de la mort à la vie.

Oh, si tout est simple, rien n’est joué ! Parfois, la joie de la grâce s’exprime, fulgurante. Mais à d’autres moments, le dieu obscur du passé s’invite à nouveau. On est toujours écartelé entre pulsions de mort et appels à la vie gracieuse. Entre les deux, il y a le chemin que Luther nomme la pénitence : oser se saisir d’une vie libérée de la peur et de la culpabilité. Ce mouvement est une conversion, toujours à refaire puisque l’être humain demeure toujours captif des dieux menaçants qu’il se fabrique. Ainsi est-on bien plus victime que coupable du suicide. Captif de la désespérance de soi. Abusé par la volonté même d’être à la hauteur de soi. Même là, surtout là, Dieu fait grâce pour que la vie ne soit pas un enfer 

  

 

 

Didier FIEVET

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