Cinéma

LES MISÉRABLES

05 décembre 2019

Les Misérables, un film de Ladj Ly. 1h42.
Sortie le 20 novembre 2019.

Ce premier long métrage, prix du jury à Cannes, s’inspire d’un fait réel : une bavure policière survenue en octobre 2018. Ladj Ly est un réalisateur d’origine malienne, autodidacte de 39 ans qui a grandi à la cité des Bosquets de Montfermeil (93) où il a créé une école de cinéma gratuite tenue par des bénévoles. Clin d’œil à Victor Hugo, son film se veut un cri d’alarme que, selon lui, le président Macron devrait entendre, car, dit-il, « La prochaine révolution viendra des banlieues ».

Fraichement muté de Strasbourg dans la brigade anticriminalité (BAC) de Montfermeil, Stéphane va, avec ses nouveaux coéquipiers expérimentés – Chris, gradé raciste, et son adjoint taiseux Gwada – découvrir rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier (dealers, prostituées, religieux…). Au cours d’une confrontation qui tourne mal entre les habitants et les Tziganes d’un cirque auxquels Issa – jeune Gavroche noir et musulman de 14 ans – a volé un lionceau, ils vont se trouver débordés tandis qu’un drone filme une bavure que Chris veut étouffer, alors que Stéphane est bouleversé par les méthodes douteuses de la BAC et la violence du contrôle permanent qu’elle exerce sur les jeunes.

Se déroulant sur 24h d’une intensité croissante, le scénario de ce thriller social, à la mise en scène haletante, respecte les 3 unités de la tragédie classique, jusqu’à une scène finale oppressante. Loin de tout schématisme, le film réussit – dans un rythme constamment soutenu, caméra légère à l’épaule et au plus près des gens et des situations – le miracle de rendre compte de la complexité d’un réel capté dans l’urgence par les policiers. Il fait percevoir, entrecoupée d’épisodes de comique involontaire, l’instabilité explosive de l’environnement et la fragilité de l’apparente paix civile qui peut d’un instant à l’autre voler en éclat. De grands moments de cinéma, construits sur le huis clos ou la course poursuite dans les espaces de la cité, restituent le climat de guérilla urbaine ressenti en 2005. C’est avec ces mots du roman de Victor Hugo, écrit à Montfermeil, que s’achève le film : « Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes, il n’y a que de mauvais cultivateurs ».

 

 
Jean-Michel Zucker

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