Billet d'humeur (Le texte est publié sous la responsabilité de son auteur)

Luther et les juifs

01 octobre 2017

À l’heure des festivités autour du cinq centième anniversaire de l’affichage des 95 thèses, le regard porté sur Luther change suivant les perspectives. Même si le choix de communication a été de s’intéresser au geste, cela ne permet pas de laisser les parts d’ombre de Luther de côté.

 
Ainsi, il est étonnant que les propos haineux sur les juifs de la part du réformateur soient parfois passés sous silence, que ce soit en n’affichant pas un panneau d’une exposition ou en évitant soigneusement le sujet dans une présentation. Il vaudrait mieux assumer leur réalité historique pour pouvoir marquer la distance ou expliquer la variation dans la pensée.
 
Luther dans sa totalité
Ainsi, je pense qu’il était temps, en 2015, d’avoir la première traduction française à partir de l’allemand et édition critique du livre de Luther de 1543 Des juifs et de leurs mensonges (traduit par Johannes Honigmann, introduction et notes par Pierre Savy, édité chez Honoré Champion).
Car l’éclairage médiatique de cet anniversaire cristallise les affrontements. La « truie des juifs » de l’église de Wittenberg, qui voit s’affronter les groupes d’extrême droite et les juifs, chacun trouvant d’excellentes raisons, parfois fallacieuses, pour l’enlever ou la laisser, en est un exemple. Je reste persuadé que le fait que cela se passe à Wittenberg, en 2017, au-delà de la question de fond de ce qu’elle représente, en augmente l’écho. Le risque de taire ou de cacher les propos antisémites, c’est de les voir ressurgir au moment où on veut témoigner et de biaiser ainsi notre communication.
   
Le choix de l’Église luthérienne en Allemagne d’anticiper cette reconnaissance est intéressant. Dès 2016, elle publiait une déclaration condamnant l’antisémitisme fondateur de l’Église et reconnaissant le rôle joué par la tradition de la Réforme dans l’histoire douloureuse entre les chrétiens et les juifs. La déclaration a également déploré la défaillance profonde des églises protestantes en Allemagne à l’égard du peuple juif et l’horreur de telles aberrations historiques et théologiques. Cette déclaration la rend plus libre, aujourd’hui, dans ses prises de parole sur l’apport de Luther, 500 ans après.

" Je t'aime, moi non plus " : cette citation de Luther sur les juifs est reproduite pour se rendre compte à quel degré de haine en était arrivé le Réformateur même s’il avait pensé pouvoir les convertir dans sa jeunesse. On comprend mieux pourquoi aussi certains antisémites ont pu s’appuyer sur ces écrits.
C’est notre faute à nous si nous ne vengeons pas l’abondant sang innocent qu’ils ont versé en persécutant notre Seigneur et les chrétiens pendant 300 ans à l’époque de la destruction de Jérusalem et qu’ils versent depuis, le sang des enfants qui se voit dans leurs yeux et sur leur peau ; si au lieu de les tuer, nous les laissons vivre librement parmi nous, en dépit de tous leurs meurtres, leurs imprécations, leurs blasphèmes, leurs mensonges (p144, Martin Luther, Des juifs et de leurs mensonges, trad. française, 2015).

 

Les faits

Parmi les expositions proposées aux paroisses sur Luther en 2017, certaines comportaient un panneau parlant de ses propos problématiques sur les juifs. Pourtant, certains lieux ont fait le choix de ne pas les afficher.

Frédéric Gentil

Commentaires