Billet d'humeur (le texte est publié sous la responsabilité de son auteur)

#MeToo, un an après

01 novembre 2018

Il y a un an éclatait le scandale Weinstein, du nom de ce producteur de cinéma accusé par plus de 80 femmes de harcèlement sexuel. Avec ce scandale débutait une campagne sur les réseaux sociaux, #MeToo en anglais ou #BalanceTonPorc en français, dénonçant le harcèlement sexuel et la vaste ampleur des violences sexuelles ou sexistes.

Il y a un an, la France découvrait Harvey Weinstein. Profession : producteur de cinéma et prédateur sexuel de son état. Jusqu’en octobre 2017, il était surtout connu pour avoir remporté plus de 80 oscars ! Aujourd’hui, ce sont plus de 80 femmes qui l’accusent de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol !

Libérer la parole

Le mouvement #MeToo débarque alors sur les réseaux sociaux pour accueillir les témoignages de violences sexuelles ou sexistes. La parole des femmes se libère : ceux que l’on pensait être des cas isolés étaient en fait multiples et même assez courants dans certains milieux… Avec ce mouvement, la peur a pu commencer à changer de camp !
Le scandale Weinstein pouvait paraître lointain : les États-Unis, Hollywood – un autre monde, un autre système où de jeunes femmes, parfois mineures, ont des rendez-vous professionnels dans des chambres d’hôtel. Mais #MeToo a traversé l’Atlantique, s’est transformé en #BalanceTonPorc recueillant alors les témoignages de femmes de tous âges, de tous milieux. Ce scandale nous concernait tous !
Au travail, dans la rue, à la maison, dans les transports, partout des femmes (et des hommes !) étaient harcelées ou agressées sexuellement. Et toujours les mêmes remarques : elles l’ont bien cherché ! Si elles s’habillaient autrement… Elles couchent pour réussir et après elles portent plainte !… Car la faute est forcément du côté des victimes pour certain·e·s.
Je suivais toute cette campagne, parfois choquée qu’un nom soit jeté en pâture avant même que la justice n’ait fait son travail, mais surtout choquée par la dimension que prenait le mouvement : toutes ces femmes (et tous ces hommes !) victimes de harcèlement ou d’agressions. À l’époque, un sondage en ligne estimait qu’une femme sur deux (et un homme sur dix) avait été victime d’agressions ou de harcèlements sexuels.

S’octroyer le droit

Personnellement, j’ai eu la chance de passer au travers des mailles du filet, de faire partie de la moitié qui n’a été ni agressée ni harcelée. Mais je me suis souvenue de propos tenus par des collègues à propos de collègues femmes, des blagues lourdes… enfin, c’est ce que je me disais et finalement : Non ! Lorsque des collègues étaient catégorisées entre baisables et non-baisables (les mots vous choquent, peut-être, mais, ils sont véridiques et pas les plus vulgaires entendus !), était-ce seulement de la blague potache ? Dans un premier temps, cela peut choquer, car on parle de pasteurs, de ministres du culte… mais cela est avant tout choquant, car on parle de femmes comme d’objets sexuels.
Alors, mi-octobre 2017, j’ai lancé sur Facebook : Eh, nous aussi, dans l’Église, on peut balancer notre « porc » ? Et la parole s’est un peu libérée, sidérant quelques-uns qui n’imaginaient rien de cela. Oui, en Église aussi, des comportements sont inappropriés, voire condamnables.
Dernièrement, le site du journal Le Monde proposait un quiz Drague, blagues lourdes, harcèlement sexuel ou agression, êtes-vous sûr de savoir faire la différence ?… Eh bien, je ne sais pas faire la différence. Et il paraît que les trois-quarts de la population sont aussi ignorants que moi. Et, je pense sincèrement que certains harcèlent par ignorance, se pensant drôles ou intéressants. Mais, d’autres s’estiment avoir le droit d’importuner, de harceler, d’agresser : parce qu’ils ont du pouvoir, de l’autorité, parce qu’on en a fait des dieux dans leur milieu, parce qu’on leur a accordé ce pouvoir, cette autorité, le droit de disposer du corps d’autrui sans demander un quelconque consentement. Si l’Ancien Testament nous invite à ne pas prendre des idoles taillées pour des dieux, ce n’est pas pour se rabattre sur des dieux de chair que notre société fabrique de toutes pièces en promulguant le pouvoir et l’argent comme les valeurs ultimes.
Si chacun retrouvait sa juste place parmi les enfants de Dieu, la peur n’aurait plus lieu d’être.

Nicole Roulland-Rupp

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